Pierre Bougon
La carrière de M. le doyen Bougon, qui a quitté nos rangs le 18 juillet dernier, est placée sous le signe d'une double fidélité. Fidélité au service public auquel il a consacré toute sa vie professionnelle sans la moindre interruption; fidélité à la matière financière qu'il n'a jamais abandonnée dans les différents postes qu'il a occupés au cours de quarante-cinq années d'activités administratives diverses.
Né en 1920 à Maisons-Lafitte, notre collègue accomplit de solides humanités aux lycées Montaigne et Saint-Louis avant de se lancer dans l'étude du droit à la faculté de Paris, comme l'y invitait sans doute l'exemple d'un père avocat.
Muni d'une licence en droit et d'un diplôme d'étude supérieure d'économie politique, M. Bougon embrasse la carrière administrative et débute comme rédacteur stagiaire au ministère des finances en 1944. A la direction du budget où il est nommé administrateur civil en 1948, il partage un temps son bureau avec un collègue, de six ans son aîné, Jean Rosenwald, qu'il voit en 1950 rejoindre comme conseiller référendaire la toute nouvelle chambre sociale de la Cour des comptes. Il poursuit sa carrière rue de Rivoli jusqu'au début de l'année 1957 lorsqu'il est mis à la disposition de la commission des finances du Conseil de la République puis de celle du Sénat peu de temps après.
Pendant vingt ans, il progresse dans la hiérarchie de ce service d'assistance technique aux assemblées parlementaires. Il va, tout à la fois, y acquérir une large expérience budgétaire et financière, notamment dans le domaine social, et y façonner une personnalité particulièrement apte à gérer et conduire, avec beaucoup de doigté et de diplomatie, travaux ou enquêtes associant des milieux dont les intérêts ou les finalités sont loin de toujours converger. Devenu chef de ce service en 1971, il le dirige avec bonheur jusqu'en 1977 lorsqu'il rejoint notre compagnie lors de sa nomination au grade de conseiller maître.
La Cour accueille un administrateur avisé aux compétences éprouvées et indiscutables, s'inscrivant dans la longue et solide lignée du recrutement extérieur d'origine <<finances>>. Elle découvre rapidement un magistrat qui s'impose par la sûreté de son jugement, la pertinence et la pondération de ses propos et la disponibité dont il fait preuve dans toutes les missions pour lesquelles il est sollicité.
Les travaux que M. Bougon accomplit à la cinquième chambre en tant que rapporteur puis contre-rapporteur le désignent vite comme un des meilleurs spécialistes de la juridiction dans le contrôle des organismes sociaux. Aussi est-ce tout naturellement qu'il se voit confier, à partir de 1982, la mission de responsable de l'équipe Codec, tâche qu'il remplit avec efficacité jusqu'à son départ de notre maison. Il y joue notamment un rôle de conseil et de formation grandement apprécié par plusieurs générations d'auditeurs qui se succèdent dans cette équipe.</finances>
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