Francis Raison
Le 23 février dernier, M. le président Francis Raison a quitté la Cour après y avoir siégé pendant près de quarante-trois ans. Il était né soixante-neuf ans plus tôt à Lillers, dans une famille originaire du Boulonnais, où son père possédait une entreprise de travaux publics. Il est resté très attaché à cette terre du Nord, et notamment à ses paysages de mer et de dunes.
De brillantes études secondaires le conduisent à l'hypokhâgne du lycée Henri-IV et, l'année de la guerre, à la khâgne de Caen, véritable pépinière pour la Cour, puisqu'elle compte aux côtés du futur procureur général Moinot, MM. Baer, Desprairies, Ergmann, Frappart et Labarraque. Les études littéraires attirent particulièrement M. Raison: n'écrit-il pas de fort beaux vers? Il obtiendra une licence ès lettres; pour autant, il ne néglige pas les études juridiques et il prépare au lendemain de la guerre le concours de l'auditorat dans le froid, le seul lieu de travail vraiment chauffé étant à cette époque le métro.
Reçu en 1946, il est affecté à la troisième chambre et se révèle d'entrée de jeu comme un excellent auditeur. En 1947, son conseiller maître écrivait <<magistrat qui="" pour="" ses="" débuts="" a="" fait="" preuve="" d'exceptionnnelles="" qualités="" de="" travail="" et="" conscience="" professionnelle.="" rapports="" très="" documentés="" toujours="" excellents.="" mérite="" tous="" les="" éloges.="" ="">> Ce jugement prend toute sa valeur si l'on relève qu'il émanait du futur président de Mirimonde. M.
Raison participe rapidement aux travaux des organismes associés: comité d'enquête sur le coût et le rendement des services publics et Cour de discipline budgétaire et financière. Promu en 1952 conseiller référendaire,
il est nommé en 1953 conseiller technique au cabinet du ministre des finances et des affaires économiques; il est, la même année, appelé en qualité d'adjoint, à travailler auprès de Gabriel Ardant, alors commissaire général à la productivité; en 1959 il sera nommé chef du service de la productivité au Commissariat général du plan de l'équipement et de la productivité.
Parallèlement, il assure la présidence à Bruxelles de l'Association européenne des centres de productivité. De ces treize années, notre collègue gardera notamment le souci constant d'accroître la productivité des services et organismes mais aussi celui de la formation et du dialogue. De cette expérience, il fera heureusement profiter la Cour, sachant faire partager à ses collègues sa préoccupation de viser toujours mieux et plus haut et cherchant à expliquer les objectifs et les méthodes, en un mot devenu aujourd'hui à la mode, à communiquer, toutes qualités et tous soucis qui expliquent sa réussite de président.
Mais c'est aussi pendant cette période qu'il prend conscience de l'apport que peut représenter le phénomène associatif dont il retrouve toute l'importance dans le domaine culturel lorsqu'il devient directeur des théâtres et des maisons de la culture en 1966. Tous les secteurs du spectacle enchantent M. Raison: aussi bien le théâtre, puisqu'il préside la maison Jean-Vilar à Avignon que le ballet, puisqu'il préside également le Ballet national français à Nancy, ou le cirque; n'a-t-il pas été membre du conseil d'administration de la Piste ?
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