JORF n°128 du 4 juin 1994

Serge ANTOINE

Né en 1927 à Strasbourg, Serge Antoine est licencié en droit et diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris. A sa sortie de l'E.N.A. en 1954, il est nommé auditeur à la Cour. Affecté à la quatrième chambre, il participe parallèlement à l'organisation du centre de documentation de la Cour. C'est un esprit brillant, très tôt sollicité à l'extérieur, avec entre autres activités une fonction absorbante de rapporteur à la commission des exportations. En 1958 et 1959, il est chargé de mission au cabinet de M.
Chavanon, secrétaire général de l'information, puis directeur général de la R.T.F. Après avoir été brièvement rapporteur à la commission de vérification des comptes des entreprises publiques, il quitte la Cour en 1962, comme jeune conseiller référendaire, pour être à Bruxelles chargé de mission au cabinet du président d'Euratom. Il n'y reviendra plus.
Il rentre en France dès 1963 lorsqu'est créée la DATAR. En effet, notre collègue avait découvert en 1955, en participant à l'élaboration de programmes d'action régionaux, à quel point les structures administratives se prêtaient mal à la programmation géographique. Par le truchement de deux rapports du Comité d'enquête sur le coût et le rendement des services publics, il avait alors préconisé la création d'une délégation auprès du Premier ministre et un découpage du territoire en circonscriptions d'action régionale. Ce travail du comité d'enquête a eu une importance durable,
puisqu'il a inspiré les limites actuelles des régions dont l'avenir dira si elles ont fait la part trop belle aux circonstances et si elles sont trop nombreuses.
Grâce à la DATAR, où il restera près de dix ans, Serge Antoine découvre en 1969, à l'occasion notamment d'un voyage aux Etats-Unis, l'importance que vont prendre les préoccupations liées à l'environnement. Il élabore, avec notre collègue Philippe Saint-Marc, les << 100 mesures pour l'environnement >> qui aboutissent notamment à la création, en 1971, du premier ministère de l'environnement, confié à Robert Poujade. Tout naturellement, M. Antoine est nommé chargé de mission à son cabinet. Il ne quittera pratiquement plus ce ministère jusqu'à sa retraite. Successivement chef de la mission des études et de la recherche à partir de 1973, puis de la mission environnement-développement à partir de 1984, Serge Antoine a servi les nombreux ministres - il en a compté dix-neuf - qui ont été en charge de l'environnement. De 1970 à 1978, il a été le secrétaire général du Haut-Comité de l'environnement.
Une incursion est toutefois à signaler dans le domaine de la communication: M. Antoine exercera pendant deux ans la fonction de vice-président du Carrefour international de la communication, éphémère établissement public qui devait donner à l'Arche de La Défense sa raison d'être et dont la Cour a relevé dans son rapport public de 1991 l'absence d'objectifs clairs et la gestion dispendieuse.
L'intérêt - mieux vaudrait sans doute parler de passion - de Serge Antoine pour l'environnement prend une dimension internationale. C'est ainsi que notre collègue, en 1991 et 1992, a été mis à la disposition du secrétaire général de la conférence des Nations Unies pour l'environnement et le développement qui s'est tenue à Rio de Janeiro. Il reste vice-président du bureau des vingt Etats signataires de la convention de Barcelone de 1975 qui est le cadre juridique d'une coopération des pays riverains de la Méditerranée dans le domaine de l'environnement.
Esprit imaginatif et inventif, notre collègue avait parfois tendance à sortir du cadre du droit de la comptabilité publique. Il échappait mal à ces travers que la Cour décèle trop souvent dans les services ou laboratoires de recherche, et notamment à cette tentation fâcheuse des chercheurs français d'insérer des structures associatives dans leurs circuits de financement.
Serge Antoine a été un précurseur, comme le montre l'étude sur Paris et la région parisienne à laquelle il avait participé dès 1972 alors qu'il était élève à l'E.N.A. et qui portait en sous-titre l'expression très moderne d'<< écologie urbaine >>. Accordant une grande importance à la réflexion à long terme, il a dirigé pendant dix ans la revue << 2000 >> et il est le président fondateur de la fondation Ledoux pour les réflexions prospectives installée à Arc-et-Senans, << patrimoine mondial >> qu'il a remis en vie.
Conseiller maître depuis 1987, Serge Antoine a acquis la notoriété dans le secteur de l'environnement et ses talents ont été reconnus: il est en particulier officier de la Légion d'honneur, de l'ordre du Mérite et des Arts et lettres. Souhaiter à ce père de cinq enfants une paisible retraite ne correspondrait certainement pas au tempérament de cet homme d'étude épris de contacts. A ses nombreuses publications, il va ajouter prochainement un rapport dont le titre montre l'ambition: << La planète terre entre nos mains. >> Souhaitons-lui donc plutôt de poursuivre avec la même fougue son action dans les domaines qui lui sont chers.


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Serge ANTOINE

Né en 1927 à Strasbourg, Serge Antoine est licencié en droit et diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris. A sa sortie de l'E.N.A. en 1954, il est nommé auditeur à la Cour. Affecté à la quatrième chambre, il participe parallèlement à l'organisation du centre de documentation de la Cour. C'est un esprit brillant, très tôt sollicité à l'extérieur, avec entre autres activités une fonction absorbante de rapporteur à la commission des exportations. En 1958 et 1959, il est chargé de mission au cabinet de M.

Chavanon, secrétaire général de l'information, puis directeur général de la R.T.F. Après avoir été brièvement rapporteur à la commission de vérification des comptes des entreprises publiques, il quitte la Cour en 1962, comme jeune conseiller référendaire, pour être à Bruxelles chargé de mission au cabinet du président d'Euratom. Il n'y reviendra plus.

Il rentre en France dès 1963 lorsqu'est créée la DATAR. En effet, notre collègue avait découvert en 1955, en participant à l'élaboration de programmes d'action régionaux, à quel point les structures administratives se prêtaient mal à la programmation géographique. Par le truchement de deux rapports du Comité d'enquête sur le coût et le rendement des services publics, il avait alors préconisé la création d'une délégation auprès du Premier ministre et un découpage du territoire en circonscriptions d'action régionale. Ce travail du comité d'enquête a eu une importance durable,

puisqu'il a inspiré les limites actuelles des régions dont l'avenir dira si elles ont fait la part trop belle aux circonstances et si elles sont trop nombreuses.

Grâce à la DATAR, où il restera près de dix ans, Serge Antoine découvre en 1969, à l'occasion notamment d'un voyage aux Etats-Unis, l'importance que vont prendre les préoccupations liées à l'environnement. Il élabore, avec notre collègue Philippe Saint-Marc, les << 100 mesures pour l'environnement >> qui aboutissent notamment à la création, en 1971, du premier ministère de l'environnement, confié à Robert Poujade. Tout naturellement, M. Antoine est nommé chargé de mission à son cabinet. Il ne quittera pratiquement plus ce ministère jusqu'à sa retraite. Successivement chef de la mission des études et de la recherche à partir de 1973, puis de la mission environnement-développement à partir de 1984, Serge Antoine a servi les nombreux ministres - il en a compté dix-neuf - qui ont été en charge de l'environnement. De 1970 à 1978, il a été le secrétaire général du Haut-Comité de l'environnement.

Une incursion est toutefois à signaler dans le domaine de la communication: M. Antoine exercera pendant deux ans la fonction de vice-président du Carrefour international de la communication, éphémère établissement public qui devait donner à l'Arche de La Défense sa raison d'être et dont la Cour a relevé dans son rapport public de 1991 l'absence d'objectifs clairs et la gestion dispendieuse.

L'intérêt - mieux vaudrait sans doute parler de passion - de Serge Antoine pour l'environnement prend une dimension internationale. C'est ainsi que notre collègue, en 1991 et 1992, a été mis à la disposition du secrétaire général de la conférence des Nations Unies pour l'environnement et le développement qui s'est tenue à Rio de Janeiro. Il reste vice-président du bureau des vingt Etats signataires de la convention de Barcelone de 1975 qui est le cadre juridique d'une coopération des pays riverains de la Méditerranée dans le domaine de l'environnement.

Esprit imaginatif et inventif, notre collègue avait parfois tendance à sortir du cadre du droit de la comptabilité publique. Il échappait mal à ces travers que la Cour décèle trop souvent dans les services ou laboratoires de recherche, et notamment à cette tentation fâcheuse des chercheurs français d'insérer des structures associatives dans leurs circuits de financement.

Serge Antoine a été un précurseur, comme le montre l'étude sur Paris et la région parisienne à laquelle il avait participé dès 1972 alors qu'il était élève à l'E.N.A. et qui portait en sous-titre l'expression très moderne d'<< écologie urbaine >>. Accordant une grande importance à la réflexion à long terme, il a dirigé pendant dix ans la revue << 2000 >> et il est le président fondateur de la fondation Ledoux pour les réflexions prospectives installée à Arc-et-Senans, << patrimoine mondial >> qu'il a remis en vie.

Conseiller maître depuis 1987, Serge Antoine a acquis la notoriété dans le secteur de l'environnement et ses talents ont été reconnus: il est en particulier officier de la Légion d'honneur, de l'ordre du Mérite et des Arts et lettres. Souhaiter à ce père de cinq enfants une paisible retraite ne correspondrait certainement pas au tempérament de cet homme d'étude épris de contacts. A ses nombreuses publications, il va ajouter prochainement un rapport dont le titre montre l'ambition: << La planète terre entre nos mains. >> Souhaitons-lui donc plutôt de poursuivre avec la même fougue son action dans les domaines qui lui sont chers.