JORF n°128 du 4 juin 1994

René BOUET

Nommé conseiller maître à la Cour des comptes en décembre 1982, M. René Bouet, qui a présidé pendant plus de dix ans aux destinées de la chambre régionale des comptes des Pays de la Loire, a pris sa retraite en janvier 1993.
Il abandonnait la vie administrative au terme d'une carrière de plus de cinquante ans consacrée pour l'essentiel au service public.
Né en 1922 dans une famille originaire de la Charente-Maritime, il doit, à l'été 1940, interrompre les études qu'il poursuivait au lycée Pierre-Loti, à Rochefort-sur-Mer, pour subvenir aux besoins de sa famille. Son père, chef comptable dans une entreprise locale de charbonnage, perd son emploi, victime de l'instauration du régime de Vichy.
D'abord manutentionnaire jusqu'en novembre 1941, puis commis auxiliaire à la direction départementale de l'éducation générale et des sports, il devient commis de préfecture en 1942 après son succès au premier concours national organisé pour le recrutement de ce corps.
Réfractaire au service du travail obligatoire, il reprend sa carrière en 1944, à Saintes, dans la partie libérée du département.
De 1945 à 1958, franchissant chaque étape par concours ou examen, il est successivement rédacteur, attaché et attaché principal de préfecture et, à partir de 1954, remplit les fonctions de directeur de cabinet du préfet à La Rochelle.
En 1958, il choisit la voie de l'administration communale et y exerce en qualité de secrétaire général des responsabilités de direction dans des villes et agglomérations de plus en plus importantes: à Saintes entre 1958 et 1966, à Clermont-Ferrand de 1966 à 1971, à la communauté urbaine de Lille de 1971 à 1979.
Enfin, après 1979, bouclant son tour de France, il revient, dans sa région de prédilection, à la ville et au Sivom de La Rochelle.
Ses pairs ont reconnu sa compétence et son dévouement en le portant à la présidence de l'Association des secrétaires généraux des grandes villes.
Les lois de décentralisation offrent à sa carrière et à sa riche expérience d'administrateur local une nouvelle et ultime orientation lorsque, à la fin de l'année 1982, il accède tout à la fois à la maîtrise dans notre juridiction et à la fonction de président de chambre régionale des comptes.
C'est avec une sage lenteur, une grande prudence et beaucoup de sérénité que le président Bouet installe la jeune juridiction financière dont il a la charge et dont, comme ses collègues des autres chambres, il assume seul,
pendant plusieurs mois, le fonctionnement.
Dans l'examen des affaires dont la juridiction est saisie, il use de diplomatie et de pondération à l'égard tant des comptables que des ordonnateurs, soucieux d'introduire la nouvelle institution, sans tensions inutiles, dans la région et à la faire reconnaître et accepter par tous dans un climat de confiance.
Ses pairs et collègues des autres chambres régionales se plaisent à reconnaître la courtoise délicatesse de son approche, la qualité de son accueil, simple et affable, la finesse et l'acuité de sa psychologie.
Les magistrats de la chambre et ses collaborateurs louent l'efficacité de son action en matière de promotions et d'avancements et ses attentions toujours bienveillantes à leur égard.
Ses hôtes gardent un vif souvenir des manifestations qu'il organise, telle cette réunion des présidents de chambres régionales des comptes à Nantes,
auxquels il n'hésite pas à faire découvrir, sur une drague, les charmes du fleuve.
Retrouvant le temps de sacrifier à son goût de l'écriture et à son sens de la culture et des arts, il sait, pendant cette période, profiter du havre de paix que lui offre l'île de Ré toute proche, sans pour autant se couper des circuits professionnels et d'échanges parisiens.
<< Mon plaisir d'aimer est l'artifice d'une rêverie désenchantée >> confie-t-il dans un récit à la facture impressionniste dans lequel il peint avec beaucoup de tendresse et de délicatesse les contours, les couleurs et les parfums subtils de l'île qui l'enchante.
Officier de la Légion d'honneur et titulaire de la médaille du réfractaire, deuxième fonctionnaire territorial directement nommé conseiller maître à la Cour depuis 1807, René Bouet nous quitte en laissant derrière lui l'image d'un sage et d'un poète qui a su avec courage puis avec philosophie vaincre les épreuves de sa jeunesse et du temps qui s'écoule.
Souhaitons-lui, comme à son épouse, une heureuse retraite entourée de l'affection des leurs et laissons au poète le mot de la fin en ce début d'année:
<< Déjà le violoneux attaquait l'adagio.
<< Les notes retombaient, éclaboussant des mots;
<< Le nouvel an naissait, ah le sourire charmeur << Saluant ce qui vient, oubliant ce qui meurt. >>


Historique des versions

Version 1

René BOUET

Nommé conseiller maître à la Cour des comptes en décembre 1982, M. René Bouet, qui a présidé pendant plus de dix ans aux destinées de la chambre régionale des comptes des Pays de la Loire, a pris sa retraite en janvier 1993.

Il abandonnait la vie administrative au terme d'une carrière de plus de cinquante ans consacrée pour l'essentiel au service public.

Né en 1922 dans une famille originaire de la Charente-Maritime, il doit, à l'été 1940, interrompre les études qu'il poursuivait au lycée Pierre-Loti, à Rochefort-sur-Mer, pour subvenir aux besoins de sa famille. Son père, chef comptable dans une entreprise locale de charbonnage, perd son emploi, victime de l'instauration du régime de Vichy.

D'abord manutentionnaire jusqu'en novembre 1941, puis commis auxiliaire à la direction départementale de l'éducation générale et des sports, il devient commis de préfecture en 1942 après son succès au premier concours national organisé pour le recrutement de ce corps.

Réfractaire au service du travail obligatoire, il reprend sa carrière en 1944, à Saintes, dans la partie libérée du département.

De 1945 à 1958, franchissant chaque étape par concours ou examen, il est successivement rédacteur, attaché et attaché principal de préfecture et, à partir de 1954, remplit les fonctions de directeur de cabinet du préfet à La Rochelle.

En 1958, il choisit la voie de l'administration communale et y exerce en qualité de secrétaire général des responsabilités de direction dans des villes et agglomérations de plus en plus importantes: à Saintes entre 1958 et 1966, à Clermont-Ferrand de 1966 à 1971, à la communauté urbaine de Lille de 1971 à 1979.

Enfin, après 1979, bouclant son tour de France, il revient, dans sa région de prédilection, à la ville et au Sivom de La Rochelle.

Ses pairs ont reconnu sa compétence et son dévouement en le portant à la présidence de l'Association des secrétaires généraux des grandes villes.

Les lois de décentralisation offrent à sa carrière et à sa riche expérience d'administrateur local une nouvelle et ultime orientation lorsque, à la fin de l'année 1982, il accède tout à la fois à la maîtrise dans notre juridiction et à la fonction de président de chambre régionale des comptes.

C'est avec une sage lenteur, une grande prudence et beaucoup de sérénité que le président Bouet installe la jeune juridiction financière dont il a la charge et dont, comme ses collègues des autres chambres, il assume seul,

pendant plusieurs mois, le fonctionnement.

Dans l'examen des affaires dont la juridiction est saisie, il use de diplomatie et de pondération à l'égard tant des comptables que des ordonnateurs, soucieux d'introduire la nouvelle institution, sans tensions inutiles, dans la région et à la faire reconnaître et accepter par tous dans un climat de confiance.

Ses pairs et collègues des autres chambres régionales se plaisent à reconnaître la courtoise délicatesse de son approche, la qualité de son accueil, simple et affable, la finesse et l'acuité de sa psychologie.

Les magistrats de la chambre et ses collaborateurs louent l'efficacité de son action en matière de promotions et d'avancements et ses attentions toujours bienveillantes à leur égard.

Ses hôtes gardent un vif souvenir des manifestations qu'il organise, telle cette réunion des présidents de chambres régionales des comptes à Nantes,

auxquels il n'hésite pas à faire découvrir, sur une drague, les charmes du fleuve.

Retrouvant le temps de sacrifier à son goût de l'écriture et à son sens de la culture et des arts, il sait, pendant cette période, profiter du havre de paix que lui offre l'île de Ré toute proche, sans pour autant se couper des circuits professionnels et d'échanges parisiens.

<< Mon plaisir d'aimer est l'artifice d'une rêverie désenchantée >> confie-t-il dans un récit à la facture impressionniste dans lequel il peint avec beaucoup de tendresse et de délicatesse les contours, les couleurs et les parfums subtils de l'île qui l'enchante.

Officier de la Légion d'honneur et titulaire de la médaille du réfractaire, deuxième fonctionnaire territorial directement nommé conseiller maître à la Cour depuis 1807, René Bouet nous quitte en laissant derrière lui l'image d'un sage et d'un poète qui a su avec courage puis avec philosophie vaincre les épreuves de sa jeunesse et du temps qui s'écoule.

Souhaitons-lui, comme à son épouse, une heureuse retraite entourée de l'affection des leurs et laissons au poète le mot de la fin en ce début d'année:

<< Déjà le violoneux attaquait l'adagio.

<< Les notes retombaient, éclaboussant des mots;

<< Le nouvel an naissait, ah le sourire charmeur << Saluant ce qui vient, oubliant ce qui meurt. >>