JORF n°128 du 4 juin 1994

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Il n'a pas de valeur légale et peut contenir des erreurs.

La carrière de Michel Perdrix, magistrat et expert en énergie

Résumé Michel Perdrix a passé presque 50 ans à travailler pour l'État, surtout à la Cour des comptes, où il a aidé à contrôler l'argent et l'énergie, puis il est parti à la retraite.
Mots-clés : biographie administration Cour des comptes énergie finances publiques retraite

Michel PERDRIX

Le 9 décembre dernier, devançant d'un an la date limite de son maintien en activité dans la juridiction, M. le conseiller maître Perdrix a demandé à faire valoir ses droits à la retraite.
Comme notre collègue Bernard Fau, dont j'ai prononcé tout à l'heure l'éloge, il appartient à cette génération des anciens de la France d'outre-mer, venus enrichir nos rangs après une première carrière forte d'expériences administratives diverses.
Né en 1926 à Paris dans une famille dont les ascendants paternels et maternels sont originaires du pays de Caux, il accomplit ses humanités au lycée Condorcet. Attiré par l'air du << grand large >> après les années étouffantes de l'Occupation, il prépare le concours de l'ancienne Ecole coloniale à Louis-le-Grand et réussit à gagner, à sa première tentative, les locaux de l'avenue de l'Observatoire. Il n'a pas encore dix-neuf ans.
Au terme d'une scolarité de deux ans, effectuée au sein de la section malgache, muni de son brevet, d'une licence en droit et d'un diplôme d'études supérieures de droit public et d'économie politique, il est affecté le 1er août 1947 en tant qu'élève administrateur au cabinet du ministre de la France d'outre-mer.
Nommé administrateur adjoint le 1er août 1949, il passe sept ans à Tananarive successivement comme chef du bureau d'études de la direction du personnel, puis en tant que chef du service d'études de la direction générale des finances.
Revenu en métropole en 1958, il occupe les fonctions d'adjoint au conseiller technique pour les questions financières au cabinet du ministre de la France d'outre-mer.
Intégré, en qualité d'administrateur civil, à l'administration centrale des Finances, il est aussitôt détaché auprès de son ancienne administration pour exercer des fonctions de contrôle à la sous-direction des affaires financières du ministère.
Le 1er janvier 1960, sa mission accomplie, il retrouve l'administration centrale des finances et entame alors une seconde carrière à la direction du budget, d'abord au bureau des collectivités locales, puis à celui des interventions économiques dont il devient le chef en 1966. Là il s'occupe de politique agricole commune et travaille notamment avec M. Renaud de la Genière, le directeur du Budget de l'époque, sur les règlements financiers de la C.E.E.
Une troisième voie s'ouvre devant lui, en décembre 1968, lorsqu'il est chargé de la direction des industries agricoles et alimentaires au ministère de l'agriculture. A quarante-deux ans il devient l'un des plus jeunes directeurs d'administration centrale, si jeune, pour l'époque, que le général de Gaulle met quelques mois à signer le décret le nommant à ce poste.
Pendant près de onze ans, il se dévoue sans compter à l'une de nos principales causes nationales en consacrant toute son énergie à la valorisation et à la promotion de la filière agro-alimentaire. Durant cette période, il est vice-président de la commission des industries agricoles et alimentaires pour le VIe Plan et participe aux conseils de direction et d'administration de nombreux organismes ou offices agricoles. En 1968, il est le maître d'oeuvre du décret créant le Fonds d'intervention et de régularisation du marché du sucre.
Nommé inspecteur général de l'agriculture le 28 novembre 1979, M. Perdrix rejoint notre juridiction en août 1980 en qualité de conseiller maître.
C'est donc au sein de notre maison que se déroule, avec toujours le même bonheur, la quatrième et dernière étape de sa vie professionnelle.
En treize ans de magistrature financière, avec le sérieux, la compétence et la hauteur de vue qui le caractérisent, il s'impose à la sixième chambre comme un magistrat écouté, dont les avis sont recherchés et les qualités de pondération unanimement reconnues tant à l'intérieur de la Cour qu'à l'extérieur.
Se spécialisant très vite dans le secteur de l'énergie, et notamment les hydrocarbures et l'atome, M. Perdrix devient rapidement le contre-rapporteur attitré de ces importants domaines d'activité de la sixième chambre.
C'est donc tout naturellement qu'il est nommé au début de 1986 président de la section Energie qu'il anime jusqu'à son départ de la Cour.
En 1989 lui est dévolue la tâche de présider le comité d'examen des propositions formulées par les chambres régionales des comptes en vue d'insertion au rapport public.
Cette mission prend une dimension nouvelle lorsqu'il lui est demandé d'unifier, sous sa présidence, ce comité et le comité d'orientation des thèmes de vérification des chambres régionales des comptes qui en était jusque-là distinct.
Il pilote avec beaucoup de finesse et de dextérité l'opération qui voit ces deux instances se regrouper pour former ce qui, depuis cette date, s'appelle le comité de liaison entre la Cour et les chambres régionales des comptes.
Déployant des trésors de diplomatie, à la tête du nouveau comité vite désigné par son nom, il sait lui donner des méthodes de travail et une efficacité qui permettent de réaliser les premières grandes enquêtes horizontales, fruit d'un important travail de coordination entre les juridictions régionales et la Cour. L'enquête sur la gestion de la dette et de la trésorerie des collectivités locales ouvre, sous sa présidence, la voie à la première publication d'un rapport public particulier.
Au début de l'année 1993, lorsqu'il cède la présidence du comité de liaison à notre collègue Jean-Pierre Guillard, M. Perdrix peut mesurer avec fierté le chemin parcouru en quatre ans.
Son expérience servira encore à la Cour et aux chambres régionales des comptes lorsqu'à la demande du premier président Arpaillange, il anime un groupe de travail qui aboutit à la rédaction d'un code de bonnes pratiques,
instrument particulièrement utile dans un domaine où les textes laissent subsister de nombreuses incertitudes sur les procédures de travail et le processus décisionnel associant des juridictions de différents ressorts.
Tout en servant fidèlement la juridiction, notre collègue n'a pas cessé de faire bénéficier diverses instances extérieures de sa grande connaissance des mécanismes agricoles.
De 1981 à 1985, il est président de la Commission nationale des labels agricoles. Parallèlement, il est nommé en 1981 président du Fonds d'intervention et de régularisation du marché du sucre dans le conseil d'administration duquel il siège depuis l'origine. Enfin, en 1987, il reçoit la présidence du comité consultatif du Fonds national des abattoirs.
Membre suppléant puis membre titulaire de la commission des infractions fiscales, il préside désormais l'une des sections de cette instance.
Les rosettes de la Légion d'honneur et de l'ordre national du Mérite, la cravate de commandeur du Mérite agricole témoignent des éminents services qu'il a rendus à l'Etat en quarante-huit ans de vie administrative.
En sage qu'il est, il va pouvoir désormais consacrer plus de temps à la micro-informatique qui l'attire, mais aussi et surtout au piano, qui depuis la plus tendre enfance a marqué sa vie, au point même que, dans sa jeunesse, il a hésité à lui donner un cours différent.
Nous lui souhaitons de pouvoir continuer longtemps à assouvir sa passion pour la musique, dans une retraite paisible et heureuse, mélodieusement rythmée par l'alternance des plaisirs du voyage et des joies de la famille.
Nous aurons toujours plaisir à le revoir dans nos murs, que ce soit à l'occasion d'une manifestation associant nos collègues retraités ou lorsque l'envie lui prendra de venir bavarder avec tel ou tel d'entre nous.


Historique des versions

Version 1

Michel PERDRIX

Le 9 décembre dernier, devançant d'un an la date limite de son maintien en activité dans la juridiction, M. le conseiller maître Perdrix a demandé à faire valoir ses droits à la retraite.

Comme notre collègue Bernard Fau, dont j'ai prononcé tout à l'heure l'éloge, il appartient à cette génération des anciens de la France d'outre-mer, venus enrichir nos rangs après une première carrière forte d'expériences administratives diverses.

Né en 1926 à Paris dans une famille dont les ascendants paternels et maternels sont originaires du pays de Caux, il accomplit ses humanités au lycée Condorcet. Attiré par l'air du << grand large >> après les années étouffantes de l'Occupation, il prépare le concours de l'ancienne Ecole coloniale à Louis-le-Grand et réussit à gagner, à sa première tentative, les locaux de l'avenue de l'Observatoire. Il n'a pas encore dix-neuf ans.

Au terme d'une scolarité de deux ans, effectuée au sein de la section malgache, muni de son brevet, d'une licence en droit et d'un diplôme d'études supérieures de droit public et d'économie politique, il est affecté le 1er août 1947 en tant qu'élève administrateur au cabinet du ministre de la France d'outre-mer.

Nommé administrateur adjoint le 1er août 1949, il passe sept ans à Tananarive successivement comme chef du bureau d'études de la direction du personnel, puis en tant que chef du service d'études de la direction générale des finances.

Revenu en métropole en 1958, il occupe les fonctions d'adjoint au conseiller technique pour les questions financières au cabinet du ministre de la France d'outre-mer.

Intégré, en qualité d'administrateur civil, à l'administration centrale des Finances, il est aussitôt détaché auprès de son ancienne administration pour exercer des fonctions de contrôle à la sous-direction des affaires financières du ministère.

Le 1er janvier 1960, sa mission accomplie, il retrouve l'administration centrale des finances et entame alors une seconde carrière à la direction du budget, d'abord au bureau des collectivités locales, puis à celui des interventions économiques dont il devient le chef en 1966. Là il s'occupe de politique agricole commune et travaille notamment avec M. Renaud de la Genière, le directeur du Budget de l'époque, sur les règlements financiers de la C.E.E.

Une troisième voie s'ouvre devant lui, en décembre 1968, lorsqu'il est chargé de la direction des industries agricoles et alimentaires au ministère de l'agriculture. A quarante-deux ans il devient l'un des plus jeunes directeurs d'administration centrale, si jeune, pour l'époque, que le général de Gaulle met quelques mois à signer le décret le nommant à ce poste.

Pendant près de onze ans, il se dévoue sans compter à l'une de nos principales causes nationales en consacrant toute son énergie à la valorisation et à la promotion de la filière agro-alimentaire. Durant cette période, il est vice-président de la commission des industries agricoles et alimentaires pour le VIe Plan et participe aux conseils de direction et d'administration de nombreux organismes ou offices agricoles. En 1968, il est le maître d'oeuvre du décret créant le Fonds d'intervention et de régularisation du marché du sucre.

Nommé inspecteur général de l'agriculture le 28 novembre 1979, M. Perdrix rejoint notre juridiction en août 1980 en qualité de conseiller maître.

C'est donc au sein de notre maison que se déroule, avec toujours le même bonheur, la quatrième et dernière étape de sa vie professionnelle.

En treize ans de magistrature financière, avec le sérieux, la compétence et la hauteur de vue qui le caractérisent, il s'impose à la sixième chambre comme un magistrat écouté, dont les avis sont recherchés et les qualités de pondération unanimement reconnues tant à l'intérieur de la Cour qu'à l'extérieur.

Se spécialisant très vite dans le secteur de l'énergie, et notamment les hydrocarbures et l'atome, M. Perdrix devient rapidement le contre-rapporteur attitré de ces importants domaines d'activité de la sixième chambre.

C'est donc tout naturellement qu'il est nommé au début de 1986 président de la section Energie qu'il anime jusqu'à son départ de la Cour.

En 1989 lui est dévolue la tâche de présider le comité d'examen des propositions formulées par les chambres régionales des comptes en vue d'insertion au rapport public.

Cette mission prend une dimension nouvelle lorsqu'il lui est demandé d'unifier, sous sa présidence, ce comité et le comité d'orientation des thèmes de vérification des chambres régionales des comptes qui en était jusque-là distinct.

Il pilote avec beaucoup de finesse et de dextérité l'opération qui voit ces deux instances se regrouper pour former ce qui, depuis cette date, s'appelle le comité de liaison entre la Cour et les chambres régionales des comptes.

Déployant des trésors de diplomatie, à la tête du nouveau comité vite désigné par son nom, il sait lui donner des méthodes de travail et une efficacité qui permettent de réaliser les premières grandes enquêtes horizontales, fruit d'un important travail de coordination entre les juridictions régionales et la Cour. L'enquête sur la gestion de la dette et de la trésorerie des collectivités locales ouvre, sous sa présidence, la voie à la première publication d'un rapport public particulier.

Au début de l'année 1993, lorsqu'il cède la présidence du comité de liaison à notre collègue Jean-Pierre Guillard, M. Perdrix peut mesurer avec fierté le chemin parcouru en quatre ans.

Son expérience servira encore à la Cour et aux chambres régionales des comptes lorsqu'à la demande du premier président Arpaillange, il anime un groupe de travail qui aboutit à la rédaction d'un code de bonnes pratiques,

instrument particulièrement utile dans un domaine où les textes laissent subsister de nombreuses incertitudes sur les procédures de travail et le processus décisionnel associant des juridictions de différents ressorts.

Tout en servant fidèlement la juridiction, notre collègue n'a pas cessé de faire bénéficier diverses instances extérieures de sa grande connaissance des mécanismes agricoles.

De 1981 à 1985, il est président de la Commission nationale des labels agricoles. Parallèlement, il est nommé en 1981 président du Fonds d'intervention et de régularisation du marché du sucre dans le conseil d'administration duquel il siège depuis l'origine. Enfin, en 1987, il reçoit la présidence du comité consultatif du Fonds national des abattoirs.

Membre suppléant puis membre titulaire de la commission des infractions fiscales, il préside désormais l'une des sections de cette instance.

Les rosettes de la Légion d'honneur et de l'ordre national du Mérite, la cravate de commandeur du Mérite agricole témoignent des éminents services qu'il a rendus à l'Etat en quarante-huit ans de vie administrative.

En sage qu'il est, il va pouvoir désormais consacrer plus de temps à la micro-informatique qui l'attire, mais aussi et surtout au piano, qui depuis la plus tendre enfance a marqué sa vie, au point même que, dans sa jeunesse, il a hésité à lui donner un cours différent.

Nous lui souhaitons de pouvoir continuer longtemps à assouvir sa passion pour la musique, dans une retraite paisible et heureuse, mélodieusement rythmée par l'alternance des plaisirs du voyage et des joies de la famille.

Nous aurons toujours plaisir à le revoir dans nos murs, que ce soit à l'occasion d'une manifestation associant nos collègues retraités ou lorsque l'envie lui prendra de venir bavarder avec tel ou tel d'entre nous.