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Décès de Françoise Vénencie, magistrate de la Cour des comptes
Françoise VENENCIE
La triste nouvelle est arrivée au coeur de l'été, le 23 août dernier: notre collègue Françoise Vénencie venait d'être emportée par la cruelle maladie contre laquelle elle luttait depuis plusieurs années avec un courage, une dignité et une pudeur qui forçaient l'admiration. Cette nouvelle a d'autant plus frappé que peu nombreux étaient ceux qui étaient conscients de la gravité du mal qui la rongeait.
Née le 20 avril 1938 à Flers (Orne), Françoise Vénencie s'oriente, après ses études secondaires au lycée Jules Ferry, vers la faculté des lettres, où elle obtient des licences d'anglais et de russe, puis vers l'Ecole nationale des langues orientales vivantes, dont elle est diplômée en russe et grec moderne. L'Institut d'études politiques lui ouvre ensuite les portes de l'Ecole nationale d'administration, où elle entre en 1963.
De sa sortie de cette école en 1965 jusqu'à l'été dernier, Françoise Vénencie est restée fidèle à la Cour où elle a été nommée conseiller référendaire en 1972, puis conseiller maître en 1987. Mais elle y a exercé les fonctions les plus diverses.
Affectée successivement à la troisième, à la septième, puis à la sixième chambre, Françoise Vénencie a en effet trempé dans tous les contrôles relevant de la compétence de la Cour: collectivités locales, qui lui ont valu d'assurer le mentorat de plusieurs de nos collègues, Alain Pichon notamment, à qui elle a remis récemment les insignes de chevalier de la Légion d'honneur, services de l'Etat, dans le domaine de la défense particulièrement, entreprises publiques du secteur des transports et de l'énergie, accumulant une expérience hors pair dont elle n'était pas avare.
Elle a été également rapporteur au Comité central d'enquête sur le coût et le rendement des services publics et rapporteur près la Cour de discipline budgétaire et financière et elle a participé à de nombreuses commissions extérieures, telles que la commission d'accès aux documents administratifs,
la commission Sudreau sur la réforme de l'entreprise ou la Commission nationale de contrôle des campagnes présidentielles et législatives en 1981. Elle présidait depuis 1990 la commission spécialisée des marchés aéronautiques, de mécanique, de matériels électriques et d'armement.
Elle est en 1985 une des premières femmes à être nommée dans le cadre des assimilés spéciaux du contrôle général des armées.
Attentive à la défense des intérêts généraux de la juridiction, elle préside de 1981 à 1988, avec une loyauté intellectuelle jamais démentie, le tout nouveau syndicat des magistrats de la Cour des comptes, contribuant au besoin à modérer les ardeurs de certains de nos collègues néophytes en syndicalisme. Elle sollicite et obtient les suffrages de ses pairs pour siéger, entre 1984 et 1987, au Conseil supérieur des chambres régionales des comptes.
Réservée voire secrète, Françoise Vénencie est en tout une battante. Elle le montre à la fois dans le choix de ses activités sportives - elle est ceinture noire de judo et pratique le karaté et l'aïkido - et dans le style qu'elle imprime à ses contrôles qui, de son propre aveu, sont << menés comme des opérations coup de poing où l'essentiel est de débusquer de véritables turpitudes, plus que des inexactitudes comptables >>. Mais sa pugnacité, fait rare, était toujours alliée à une grande affabilité, dont les organismes contrôlés bénéficiaient autant que ses collègues.
Son amour du Japon, lié à son goût des arts martiaux, ne lui fait jamais oublier sa terre d'élection, la Grèce, dont elle parle la langue, où elle se rend fréquemment et dont elle ne cesse de s'entretenir, au fil des ans, avec un de ses collègues de la sixième chambre, M. Antoine Vorms.
Remarquable autorité, esprit combatif, ténacité sans défaillance, exigeante tant pour elle-même que pour les organismes contrôlés, ces qualifications élogieuses, glanées parmi beaucoup d'autres exprimées au fil des ans par ses présidents de chambre successifs, témoignent de cette personnalité de premier plan, que la croix de chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur et dans l'ordre national du Mérite ont à juste titre honorée. Sa disparition prématurée a plongé ses collègues dans une profonde tristesse à laquelle se mêle le regret de n'avoir peut-être pas su forcer une réserve trop fière pour lui apporter, dans les épreuves qu'elle a traversées, un réconfort dont elle avait peut-être besoin, mais qu'elle ne voulait pas solliciter.
Françoise Vénencie repose maintenant parmi les vignes du Saint-Emilion dont sa famille est originaire. Que sa mère, qu'elle avait tenue dans l'ignorance de sa maladie, soit assurée que ce magistrat exemplaire restera présent dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître.
Sa disparition invite au recueillement. Aussi vous serais-je reconnaissante, monsieur le premier président, de bien vouloir inviter nos collègues, à marquer ce recueillement par quelques instants de silence.
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