JORF n°0110 du 12 mai 2023

  1. Le Haut Conseil avait estimé, dans son avis sur le projet de loi de financement rectificative de la sécurité sociale (PLFRSS) pour 2023, que l'hypothèse de croissance de la masse salariale du secteur marchand de 5,0 % en 2023 était un peu basse, en particulier du fait d'une prévision de l'évolution du salaire moyen par tête (4,2 %) inférieure aux autres prévisions disponibles et des perspectives d'inflation pour 2023. En cohérence avec la révision à la hausse de la prévision d'inflation, la progression prévue de la masse salariale a été rehaussée à 6,1 % pour 2023. Cette révision est essentiellement imputable à celle du salaire moyen par tête (dont la croissance est passée de 4,2 % à 5,2 %). Pour 2024, le Gouvernement prévoit une croissance de la masse salariale de 3,4 % et du salaire moyen par tête de 2,8 %.
  2. La prévision pour 2023 est à présent plausible. Toutefois, la progression du salaire moyen par tête de respectivement 5,2 % et 2,8 % en 2023 et 2024 implique un ralentissement très marqué au cours de l'année 2024. De ce fait, la prévision de salaire moyen pour 2024 apparaît un peu basse, compte tenu notamment de la hausse encore forte de l'inflation attendue pour 2023 et des délais habituels de transmission de l'inflation passée aux salaires.
  3. La prévision d'emploi dans le secteur marchand non agricole pour 2023 a été également légèrement revue à la hausse (0,9 % contre 0,7 % dans le PLFRSS 2023), traduisant des gains de productivité quasi nuls (0,1 %). Cette prévision est plus élevée que celle des principaux organismes de conjoncture qui tablent tous sur un ralentissement plus net du marché de travail, voire sur des pertes d'emplois en 2023 en partie du fait d'une prévision de croissance elle aussi plus faible. Dans un contexte où les gains de productivité restent quasi inexistants et où les indicateurs conjoncturels ne montrent pas de signe de retournement de l'emploi, la prévision du Gouvernement reste toutefois plausible.
  4. En 2024, la prévision d'emploi marchand non agricole (0,7 %) est affectée de facteurs jouant dans le sens respectivement de la surestimation et de la sous-estimation. La croissance de l'activité, considérée comme un peu élevée par le Haut Conseil, va ainsi dans le sens de la surestimation de l'emploi. Inversement, l'hypothèse de productivité, qui apparaît élevée dans le secteur marchand (1,2 %) par rapport à la tendance observée depuis le déclenchement de la crise sanitaire, va dans le sens d'une sous-estimation de l'emploi. Au total, ces facteurs pourraient se neutraliser.
  5. Le Haut Conseil estime que les prévisions de croissance du Gouvernement pour 2023 et 2024 du Programme de stabilité, inchangées par rapport à celles du projet de loi de programmation des finances publiques déposé en septembre 2022, ne sont pas hors d'atteinte, mais semblent optimistes. Elles sont les plus élevées, pour ces deux années, des prévisions recensées par le Haut Conseil.
  6. Même si l'inflation mesurée en glissement annuel devrait commencer à se replier dans le courant de l'année 2023, le reflux attendu par le Gouvernement paraît rapide, si bien que les prévisions d'inflation, révisées en hausse pour 2023 (à 4,9 %) mais en baisse pour 2024 (à 2,6 %), paraissent un peu sous-estimées.
  7. Le Haut Conseil estime que la prévision de croissance de la masse salariale pour 2023 (6,1 %), révisée en hausse d'un point, est plausible, mais que celle pour 2024 (3,4 %) est un peu basse.

III. - Observations sur le scénario macroéconomique pour les années 2025 à 2027

  1. Les prévisions du Programme de stabilité en matière de croissance et d'inflation à l'horizon 2027 doivent être examinées au regard de la croissance potentielle que la France peut atteindre à utilisation inchangée des facteurs de production et de la position de l'économie française dans le cycle. Celle-ci s'apprécie à partir de l'écart de production (output gap), correspondant à l'écart entre le PIB en volume observé et le PIB potentiel. Le PIB potentiel est défini comme la production qui serait obtenue une fois éliminés les chocs temporaires qui affectent l'économie, en mobilisant à leur niveau d'équilibre les facteurs de production. L'écart de production constitue ainsi, quand il est négatif, un indicateur de la capacité de rebond de l'activité économique, et, quand il est positif, signale une perspective de ralentissement.

A. - La croissance potentielle et l'écart de production

  1. Le scénario du Gouvernement

  2. Selon la saisine du Gouvernement, « Le scénario potentiel sous-jacent à la prévision macroéconomique du Gouvernement n'a pas été révisé depuis son actualisation de 2022. Notamment, ce scénario comprend un impact total de la crise covid sur le PIB potentiel en niveau de ¾ pt. […] A partir de 2022, la croissance potentielle s'établirait à + 1,35 %, identique au niveau prévu avant-crise. La capacité productive de l'économie serait soutenue par les réformes passées et à venir et les investissements du Gouvernement, qui contribueraient notamment à accroître l'offre de travail et à atteindre le plein emploi. »

  3. « L'écart de production s'établirait alors à − 1,3 point en 2024. […] Par la suite, la croissance serait supérieure à son rythme potentiel de 1,35 % sur la période 2025-2027, à la fin de laquelle l'écart de production serait complètement fermé. »

  4. Appréciation du Haut Conseil

  5. Le Gouvernement a maintenu la trajectoire de croissance potentielle publiée dans le Rapport économique, social et financier pour 2023 reposant notamment sur des hypothèses de croissance de 1,35 % par an entre 2023 et 2027 et une perte de PIB potentiel en niveau due à la crise sanitaire de ¾ point.

  6. Le Gouvernement a également conservé son estimation d'un écart de production très creusé en 2022 (- 1,1 point), en ajustant à la marge la trajectoire entre 2023 et 2025 en raison d'une croissance en 2022 légèrement plus faible qu'escompté.

  7. Cette évaluation de l'écart de production se situe dans le bas de la fourchette des organisations internationales (0,2 % pour la Commission européenne, - 0,7 % pour le FMI et - 1,5 % pour l'OCDE).

  8. En outre, une estimation d'écart de production aussi creusée traduit une sous-utilisation importante des facteurs de production peu compatible avec les tensions actuellement observées sur le marché du travail. Ces dernières sont à un point haut historique et d'une ampleur supérieure à celles enregistrées en 2019, une période marquée par un écart de production nettement positif. Si le Gouvernement justifie notamment son hypothèse par un potentiel de rebond de la production dans certains secteurs (automobile, aéronautique), le niveau des difficultés de recrutement suggère de faibles marges pour augmenter durablement la production à l'échelle de l'ensemble de l'économie.

Graphique 4. - Difficultés de recrutement en France
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JOnº 0110 du 12/05/2023, texte nº 44

Source : INSEE.


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34. Le Haut Conseil avait estimé, dans son avis sur le projet de loi de financement rectificative de la sécurité sociale (PLFRSS) pour 2023, que l'hypothèse de croissance de la masse salariale du secteur marchand de 5,0 % en 2023 était un peu basse, en particulier du fait d'une prévision de l'évolution du salaire moyen par tête (4,2 %) inférieure aux autres prévisions disponibles et des perspectives d'inflation pour 2023. En cohérence avec la révision à la hausse de la prévision d'inflation, la progression prévue de la masse salariale a été rehaussée à 6,1 % pour 2023. Cette révision est essentiellement imputable à celle du salaire moyen par tête (dont la croissance est passée de 4,2 % à 5,2 %). Pour 2024, le Gouvernement prévoit une croissance de la masse salariale de 3,4 % et du salaire moyen par tête de 2,8 %.

35. La prévision pour 2023 est à présent plausible. Toutefois, la progression du salaire moyen par tête de respectivement 5,2 % et 2,8 % en 2023 et 2024 implique un ralentissement très marqué au cours de l'année 2024. De ce fait, la prévision de salaire moyen pour 2024 apparaît un peu basse, compte tenu notamment de la hausse encore forte de l'inflation attendue pour 2023 et des délais habituels de transmission de l'inflation passée aux salaires.

36. La prévision d'emploi dans le secteur marchand non agricole pour 2023 a été également légèrement revue à la hausse (0,9 % contre 0,7 % dans le PLFRSS 2023), traduisant des gains de productivité quasi nuls (0,1 %). Cette prévision est plus élevée que celle des principaux organismes de conjoncture qui tablent tous sur un ralentissement plus net du marché de travail, voire sur des pertes d'emplois en 2023 en partie du fait d'une prévision de croissance elle aussi plus faible. Dans un contexte où les gains de productivité restent quasi inexistants et où les indicateurs conjoncturels ne montrent pas de signe de retournement de l'emploi, la prévision du Gouvernement reste toutefois plausible.

37. En 2024, la prévision d'emploi marchand non agricole (0,7 %) est affectée de facteurs jouant dans le sens respectivement de la surestimation et de la sous-estimation. La croissance de l'activité, considérée comme un peu élevée par le Haut Conseil, va ainsi dans le sens de la surestimation de l'emploi. Inversement, l'hypothèse de productivité, qui apparaît élevée dans le secteur marchand (1,2 %) par rapport à la tendance observée depuis le déclenchement de la crise sanitaire, va dans le sens d'une sous-estimation de l'emploi. Au total, ces facteurs pourraient se neutraliser.

38. Le Haut Conseil estime que les prévisions de croissance du Gouvernement pour 2023 et 2024 du Programme de stabilité, inchangées par rapport à celles du projet de loi de programmation des finances publiques déposé en septembre 2022, ne sont pas hors d'atteinte, mais semblent optimistes. Elles sont les plus élevées, pour ces deux années, des prévisions recensées par le Haut Conseil.

39. Même si l'inflation mesurée en glissement annuel devrait commencer à se replier dans le courant de l'année 2023, le reflux attendu par le Gouvernement paraît rapide, si bien que les prévisions d'inflation, révisées en hausse pour 2023 (à 4,9 %) mais en baisse pour 2024 (à 2,6 %), paraissent un peu sous-estimées.

40. Le Haut Conseil estime que la prévision de croissance de la masse salariale pour 2023 (6,1 %), révisée en hausse d'un point, est plausible, mais que celle pour 2024 (3,4 %) est un peu basse.

III. - Observations sur le scénario macroéconomique pour les années 2025 à 2027

41. Les prévisions du Programme de stabilité en matière de croissance et d'inflation à l'horizon 2027 doivent être examinées au regard de la croissance potentielle que la France peut atteindre à utilisation inchangée des facteurs de production et de la position de l'économie française dans le cycle. Celle-ci s'apprécie à partir de l'écart de production (output gap), correspondant à l'écart entre le PIB en volume observé et le PIB potentiel. Le PIB potentiel est défini comme la production qui serait obtenue une fois éliminés les chocs temporaires qui affectent l'économie, en mobilisant à leur niveau d'équilibre les facteurs de production. L'écart de production constitue ainsi, quand il est négatif, un indicateur de la capacité de rebond de l'activité économique, et, quand il est positif, signale une perspective de ralentissement.

A. - La croissance potentielle et l'écart de production

1. Le scénario du Gouvernement

42. Selon la saisine du Gouvernement, « Le scénario potentiel sous-jacent à la prévision macroéconomique du Gouvernement n'a pas été révisé depuis son actualisation de 2022. Notamment, ce scénario comprend un impact total de la crise covid sur le PIB potentiel en niveau de ¾ pt. […] A partir de 2022, la croissance potentielle s'établirait à + 1,35 %, identique au niveau prévu avant-crise. La capacité productive de l'économie serait soutenue par les réformes passées et à venir et les investissements du Gouvernement, qui contribueraient notamment à accroître l'offre de travail et à atteindre le plein emploi. »

43. « L'écart de production s'établirait alors à − 1,3 point en 2024. […] Par la suite, la croissance serait supérieure à son rythme potentiel de 1,35 % sur la période 2025-2027, à la fin de laquelle l'écart de production serait complètement fermé. »

2. Appréciation du Haut Conseil

44. Le Gouvernement a maintenu la trajectoire de croissance potentielle publiée dans le Rapport économique, social et financier pour 2023 reposant notamment sur des hypothèses de croissance de 1,35 % par an entre 2023 et 2027 et une perte de PIB potentiel en niveau due à la crise sanitaire de ¾ point.

45. Le Gouvernement a également conservé son estimation d'un écart de production très creusé en 2022 (- 1,1 point), en ajustant à la marge la trajectoire entre 2023 et 2025 en raison d'une croissance en 2022 légèrement plus faible qu'escompté.

46. Cette évaluation de l'écart de production se situe dans le bas de la fourchette des organisations internationales (0,2 % pour la Commission européenne, - 0,7 % pour le FMI et - 1,5 % pour l'OCDE).

47. En outre, une estimation d'écart de production aussi creusée traduit une sous-utilisation importante des facteurs de production peu compatible avec les tensions actuellement observées sur le marché du travail. Ces dernières sont à un point haut historique et d'une ampleur supérieure à celles enregistrées en 2019, une période marquée par un écart de production nettement positif. Si le Gouvernement justifie notamment son hypothèse par un potentiel de rebond de la production dans certains secteurs (automobile, aéronautique), le niveau des difficultés de recrutement suggère de faibles marges pour augmenter durablement la production à l'échelle de l'ensemble de l'économie.

Graphique 4. - Difficultés de recrutement en France

Vous pouvez consulter l'image dans le fac-similé du

JOnº 0110 du 12/05/2023, texte nº 44

Source : INSEE.