JORF n°0110 du 12 mai 2023

  1. Le Haut Conseil observe que la plupart des enchaînements retenus pour 2023 par le Gouvernement le sont également par les autres prévisionnistes : recul de l'investissement des ménages du fait du renchérissement du coût du crédit et d'un accès plus difficile au crédit immobilier ; progression plus modérée qu'en 2022 des exportations de biens et services dans un contexte de tassement de la croissance mondiale, mais de normalisation des livraisons aéronautiques ; moindre contribution des variations de stocks après l'important restockage observé en 2022 en raison des craintes de difficultés d'approvisionnement.
  2. Le Gouvernement retient toutefois une progression particulièrement dynamique de l'investissement des entreprises non financières (+ 3,8 % en moyenne annuelle), qui, en dépit de la baisse des impôts de production (première partie de la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises [CVAE]), semble élevée au vu du durcissement en cours des conditions de financement et du tassement attendu de la demande extérieure comme intérieure. La hausse prévue de la consommation des ménages est proche de celle anticipée par la Banque de France, mais plus élevée que celle attendue par l'OFCE et Rexecode. Elle repose sur une hausse du pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages (+ 0,5 %), qui paraît surestimée du fait notamment d'une prévision d'inflation un peu basse.
  3. La prévision de croissance du Gouvernement pour 2024 (+ 1,6 %) est également plus forte que celle du Consensus Forecasts d'avril (+ 1,0 %) et se situe tout en haut de la fourchette, large, de l'ensemble des autres prévisions disponibles (qui va de 0,5 % à 1,6 %). Elle repose essentiellement sur une forte augmentation de la consommation des ménages (+ 1,9 %), permise par une baisse du taux d'épargne (16,8 % contre 16,5 % en 2023), mais aussi par une progression soutenue du pouvoir d'achat du revenu des ménages, tenant notamment à une prévision d'inflation qui paraît un peu basse (cf. infra). Le Gouvernement prévoit ainsi une hausse du pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages de 1,5 % en moyenne annuelle en 2024, supérieure à la prévision de la Banque de France (+ 1,2 %) et nettement plus élevée que celle de l'OFCE (+ 0,3 %) et Rexecode (- 0,2 %).
  4. La prévision d'inflation du Gouvernement pour 2023 (4,9 % en moyenne annuelle) a été révisée en hausse de 0,7 point par rapport à celle, inchangée jusqu'alors, du projet de loi de finances pour 2023 soumis au Haut Conseil en septembre 2022 (4,2 %).
  5. Alors que l'acquis à fin mars, pour 2023, s'élève déjà à 4,0 % pour l'inflation totale, l'atteinte de la prévision du Gouvernement implique un net tassement de la hausse mensuelle des prix à la consommation (à + 0,2 % en moyenne) par rapport à celle observée ces derniers mois (+ 0,6 % en moyenne sur les six derniers mois et + 0,8 % sur les trois derniers mois).
  6. Un tassement aussi important, en dépit de l'atténuation des tensions sur les prix des matières premières, semble peu probable, alors que les prix des produits alimentaires devaient continuer à augmenter sous l'effet de la transmission des hausses passées de coûts de production et que les prix des services resteront soutenus par la forte progression des salaires, liée aux difficultés de recrutement et à la compensation de l'inflation élevée (revalorisations passées et à venir du salaire minimum de croissance [SMIC] notamment).
  7. Cette prévision est ainsi inférieure aux autres prévisions disponibles pour 2023 (cf. tableau 2), et notamment aux plus récentes d'entre elles (OFCE, Consensus Forecasts, Rexecode).
  8. Pour 2024, le Gouvernement prévoit une hausse de l'indice des prix à la consommation de 2,6 % en moyenne annuelle, une prévision révisée en baisse de 0,4 point par rapport à celle du projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027, alors même que les autres prévisionnistes ont revu, dans l'ensemble, en hausse leur prévision pour 2024 (3).
  9. La prévision du Gouvernement s'appuie à la fois sur une baisse de l'inflation volatile (alimentaire et énergétique), qui semble plausible au vu du repli des cours des matières premières et des contraintes d'approvisionnement, et un reflux rapide de l'inflation sous-jacente (de 5,0 % à 2,7 %), qui suppose des effets de second tour très contenus, soit une hypothèse favorable alors que le Gouvernement prévoit des hausses de salaires élevées en 2023 (+ 5,2 % pour le salaire moyen par tête des branches marchandes non agricoles).
  10. Ainsi, les prévisions d'inflation pour 2023 et 2024 paraissent un peu sous-estimées, comme cela été le cas régulièrement au cours des deux dernières années (cf. encadré), même si les incertitudes entourant l'évolution à venir des prix à la consommation restent importantes.

Tableau 2. - Prévisions d'inflation (indice CPI) en France
(%, en moyenne annuelle)

| |Date de publication|2023|2024| |----------------------------------------------------------|-------------------|----|----| |Banque de France (estimation tirée de la prévision d'IPCH)| 20 mars |4,9 |2,5 | | Rexecode | 22 mars |5,5 |3,1 | | Consensus Forecasts | 11 avril |5,3 |2,7 | | OFCE | 13 avril |5,8 |3,8 | | Gouvernement | 20 avril |4,9 |2,6 |

Sources : projections macroéconomiques de la Banque de France de mars 2023, Rexecode, Consensus Forecasts d'avril 2023, Policy brief de l'OFCE d'avril 2023, Programme de stabilité 2023-2027.


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Version 1

24. Le Haut Conseil observe que la plupart des enchaînements retenus pour 2023 par le Gouvernement le sont également par les autres prévisionnistes : recul de l'investissement des ménages du fait du renchérissement du coût du crédit et d'un accès plus difficile au crédit immobilier ; progression plus modérée qu'en 2022 des exportations de biens et services dans un contexte de tassement de la croissance mondiale, mais de normalisation des livraisons aéronautiques ; moindre contribution des variations de stocks après l'important restockage observé en 2022 en raison des craintes de difficultés d'approvisionnement.

25. Le Gouvernement retient toutefois une progression particulièrement dynamique de l'investissement des entreprises non financières (+ 3,8 % en moyenne annuelle), qui, en dépit de la baisse des impôts de production (première partie de la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises [CVAE]), semble élevée au vu du durcissement en cours des conditions de financement et du tassement attendu de la demande extérieure comme intérieure. La hausse prévue de la consommation des ménages est proche de celle anticipée par la Banque de France, mais plus élevée que celle attendue par l'OFCE et Rexecode. Elle repose sur une hausse du pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages (+ 0,5 %), qui paraît surestimée du fait notamment d'une prévision d'inflation un peu basse.

26. La prévision de croissance du Gouvernement pour 2024 (+ 1,6 %) est également plus forte que celle du Consensus Forecasts d'avril (+ 1,0 %) et se situe tout en haut de la fourchette, large, de l'ensemble des autres prévisions disponibles (qui va de 0,5 % à 1,6 %). Elle repose essentiellement sur une forte augmentation de la consommation des ménages (+ 1,9 %), permise par une baisse du taux d'épargne (16,8 % contre 16,5 % en 2023), mais aussi par une progression soutenue du pouvoir d'achat du revenu des ménages, tenant notamment à une prévision d'inflation qui paraît un peu basse (cf. infra). Le Gouvernement prévoit ainsi une hausse du pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages de 1,5 % en moyenne annuelle en 2024, supérieure à la prévision de la Banque de France (+ 1,2 %) et nettement plus élevée que celle de l'OFCE (+ 0,3 %) et Rexecode (- 0,2 %).

27. La prévision d'inflation du Gouvernement pour 2023 (4,9 % en moyenne annuelle) a été révisée en hausse de 0,7 point par rapport à celle, inchangée jusqu'alors, du projet de loi de finances pour 2023 soumis au Haut Conseil en septembre 2022 (4,2 %).

28. Alors que l'acquis à fin mars, pour 2023, s'élève déjà à 4,0 % pour l'inflation totale, l'atteinte de la prévision du Gouvernement implique un net tassement de la hausse mensuelle des prix à la consommation (à + 0,2 % en moyenne) par rapport à celle observée ces derniers mois (+ 0,6 % en moyenne sur les six derniers mois et + 0,8 % sur les trois derniers mois).

29. Un tassement aussi important, en dépit de l'atténuation des tensions sur les prix des matières premières, semble peu probable, alors que les prix des produits alimentaires devaient continuer à augmenter sous l'effet de la transmission des hausses passées de coûts de production et que les prix des services resteront soutenus par la forte progression des salaires, liée aux difficultés de recrutement et à la compensation de l'inflation élevée (revalorisations passées et à venir du salaire minimum de croissance [SMIC] notamment).

30. Cette prévision est ainsi inférieure aux autres prévisions disponibles pour 2023 (cf. tableau 2), et notamment aux plus récentes d'entre elles (OFCE, Consensus Forecasts, Rexecode).

31. Pour 2024, le Gouvernement prévoit une hausse de l'indice des prix à la consommation de 2,6 % en moyenne annuelle, une prévision révisée en baisse de 0,4 point par rapport à celle du projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027, alors même que les autres prévisionnistes ont revu, dans l'ensemble, en hausse leur prévision pour 2024 (3).

32. La prévision du Gouvernement s'appuie à la fois sur une baisse de l'inflation volatile (alimentaire et énergétique), qui semble plausible au vu du repli des cours des matières premières et des contraintes d'approvisionnement, et un reflux rapide de l'inflation sous-jacente (de 5,0 % à 2,7 %), qui suppose des effets de second tour très contenus, soit une hypothèse favorable alors que le Gouvernement prévoit des hausses de salaires élevées en 2023 (+ 5,2 % pour le salaire moyen par tête des branches marchandes non agricoles).

33. Ainsi, les prévisions d'inflation pour 2023 et 2024 paraissent un peu sous-estimées, comme cela été le cas régulièrement au cours des deux dernières années (cf. encadré), même si les incertitudes entourant l'évolution à venir des prix à la consommation restent importantes.

Tableau 2. - Prévisions d'inflation (indice CPI) en France

(%, en moyenne annuelle)

Date de publication

2023

2024

Banque de France (estimation tirée de la prévision d'IPCH)

20 mars

4,9

2,5

Rexecode

22 mars

5,5

3,1

Consensus Forecasts

11 avril

5,3

2,7

OFCE

13 avril

5,8

3,8

Gouvernement

20 avril

4,9

2,6

Sources : projections macroéconomiques de la Banque de France de mars 2023, Rexecode, Consensus Forecasts d'avril 2023, Policy brief de l'OFCE d'avril 2023, Programme de stabilité 2023-2027.